Du tatouage au webdesign : le parcours derrière Minuit d’Orsay

Portrait de Tamara Chaudesaigues, fondatrice de Minuit d'Orsay, studio de web design, graphisme et identité visuelle.
Tamara Chaudesaigues, fondatrice de Minuit d'Orsay, studio spécialisé en web design, graphisme et identité visuelle.

J’ai grandi dans un studio de tatouage. Avant de connaître le mot « webdesign », je voyais déjà des dessins être déplacés de quelques millimètres, des compositions recommencées, des lignes épaissies ou supprimées parce que quelque chose ne tombait pas juste.

Je passais aussi beaucoup de temps dans les livres d’art. À l’époque, je ne cherchais pas à construire une culture visuelle. J’aimais simplement regarder pourquoi certaines images me restaient en tête.

Quand j’ai créé Minuit d’Orsay des années plus tard, je me suis rendu compte que beaucoup de réflexes étaient déjà là.

Le tatouage m’a appris à composer avec une contrainte réelle

Un dessin de tatouage ne vit pas sur une feuille blanche infinie. Il doit fonctionner sur un bras, un dos, une jambe, avec une taille et une forme précises. On ne peut pas juste déplacer le problème hors du cadre.

Je retrouve exactement cette logique dans un site. Une composition doit fonctionner sur un écran, puis sur un téléphone. Un titre qui marche parfaitement en grand peut devenir inutilisable sur mobile. Une image magnifique peut ne pas avoir le bon format pour la place qu’on lui donne.

Ça m’a appris à ne pas considérer les contraintes comme quelque chose qui abîme une idée. Souvent, elles obligent au contraire à faire un meilleur choix.

Mucha m’a appris que le texte pouvait faire partie de l’image

Alphonse Mucha fait partie des artistes que j’ai regardés très tôt. Ce qui m’attirait n’était pas seulement les femmes, les fleurs ou les ornements. C’était la manière dont les lettres entraient dans la composition.

Le titre n’était pas posé au-dessus de l’image comme une information ajoutée à la fin. Il participait vraiment à l’affiche. C’est probablement une des raisons pour lesquelles je suis devenue aussi attentive à la typographie sur les sites.

Quand une police est choisie uniquement parce qu’elle est belle dans un dossier de références, ça se voit vite. Elle doit tenir avec les images, les proportions, les couleurs et surtout avec les textes réels du projet.

L’Art déco m’a apporté presque l’inverse

J’aime l’Art nouveau pour ses lignes et ses compositions très organiques, mais l’Art déco m’a attirée pour sa structure : les formes franches, les aplats, les contrastes, les lettres plus géométriques.

Je n’essaie évidemment pas de mélanger ces deux styles dans chaque projet. Ce que j’en garde est plus simple : regarder la relation entre les formes, le texte et l’espace avant de chercher un « effet ».

American Apparel m’a ensuite appris la répétition

American Apparel est arrivé beaucoup plus tard dans mon regard, mais la marque m’a montré autre chose : à quel point quelques choix peuvent devenir reconnaissables lorsqu’on les répète sans les affaiblir.

Helvetica, des photos très directes, des couleurs franches, des vitrines qui ne cherchaient pas à ressembler à celles de tout le monde. C’est une référence qui m’est restée et que j’ai développée dans mon article sur American Apparel.

Le plus utile du tatouage n’est pourtant pas graphique

Le tatouage m’a surtout habituée à travailler pour une personne précise. Quelqu’un arrive avec une idée, parfois très claire, parfois beaucoup moins. Mon rôle n’est pas de lui imposer mon dessin préféré. Il faut comprendre ce qu’elle veut garder, ce qui peut être amélioré et où mon regard est réellement utile.

C’est exactement ce que j’essaie de faire aujourd’hui avec un hôtel, un restaurant ou une marque. Je ne cherche pas à faire entrer tous les projets dans « mon style ». Sinon, au bout de cinq sites, tous les clients finiraient avec le même site.

Londres m’a appris à regarder les supports du quotidien

À Londres, je photographie des menus, des enseignes, des livres, des façades et parfois des choses très ordinaires. Ce que j’aime dans cette ville, c’est voir comment une identité existe dans de petits détails, pas seulement dans un logo.

Cette habitude m’a donné envie de regarder les projets de la même manière : le site bien sûr, mais aussi la carte, le papier, les photos, la signalétique, les réseaux. J’en parle dans Ce que Londres m’a appris sur le design.

Ce que tout ça change concrètement pour mes clients

Quand je commence un projet, je ne pars pas d’un thème ou d’une maquette déjà décidée. Je commence par ce qui existe réellement : les images, le lieu, les produits, les supports, les contraintes techniques et les informations que les clients cherchent.

Sur Le Change, par exemple, le restaurant, les menus, la réservation et les supports imprimés donnent autant d’informations que le brief du site. Sur Studio Minuit, la photographie et la manière de montrer les séries deviennent centrales. Et sur le blog Tamara Chaudesaigues, la structure devait fonctionner comme un magazine personnel.

Ce sont trois projets différents. C’est justement ce qui m’intéresse.

Minuit d’Orsay n’est pas né d’un changement de métier brutal

Je n’ai pas fermé une porte pour en ouvrir une autre. Le tatouage, les livres, Mucha, l’Art déco, les marques que j’ai regardées pendant des années, la photographie et Londres continuent de faire partie du même regard.

La différence, aujourd’hui, c’est que ce regard sert à construire des sites et des identités pour des lieux et des marques qui ont besoin d’être compris avant d’être dessinés.

Vous pouvez voir les projets du studio ici ou m’écrire si vous préparez le vôtre.

Rédigé par

Tamara Chaudesaigues

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