Ce que Londres m’a appris sur le design

Façade bleu nuit du Shoreditch Arts Club à Shoreditch, Londres, avec une identité visuelle minimaliste et une typographie blanche.
Le Shoreditch Arts Club, à Londres.

À Londres, je photographie beaucoup plus de devantures, de menus et de librairies que de monuments. Mon téléphone est rempli d’enseignes prises de travers, de cartes de restaurant, de couvertures de livres et de vitrines que je voulais simplement garder quelque part.

Ce n’est pas parce que tout y est mieux dessiné qu’ailleurs. Ce qui m’intéresse, c’est qu’un lieu peut être très simple et pourtant immédiatement identifiable. Un café peut avoir une façade presque banale, mais un menu, un choix de couleur ou une typographie qui vous fait vous arrêter.

Le premier détail que j’ai gardé : les façades

Shoreditch Arts Club est un bon exemple. La première chose que j’en ai retenue n’est pas une campagne compliquée : c’est une façade bleu nuit, un nom en blanc et très peu d’éléments autour.

Je l’ai photographiée parce que ça fonctionnait immédiatement. Pas besoin d’un grand discours. On comprend qu’il y a un parti pris, et la façade n’essaie pas de devenir plus importante que le lieu.

Ça me rappelle ce que j’aimais déjà chez American Apparel : quand peu d’éléments sont utilisés, chacun devient beaucoup plus visible. J’en parle davantage dans mon article sur American Apparel et Helvetica.

À Londres, un menu peut m’intéresser autant qu’un logo

Je regarde énormément les supports qui vivent réellement avec les clients : un menu posé sur une table, une carte de fidélité, une enseigne, un sac, un ticket, un petit panneau dans l’entrée.

C’est là qu’on voit si l’identité tient. Un très beau logo ne sert pas à grand-chose si le menu semble venir d’un autre restaurant et si le site utilise encore une troisième façon de parler.

Pour un hôtel ou un restaurant, ces détails sont particulièrement importants parce qu’on les rencontre avant, pendant et après la visite. On peut découvrir le lieu sur Instagram, réserver sur le site, tenir le menu dans ses mains puis repartir avec une carte. Tout cela devrait appartenir au même endroit.

Ce que Londres m’a surtout appris : regarder avant de dessiner

Je ne reviens pas d’un voyage avec l’envie de faire « un site londonien ». Ça ne m’intéresse pas. Ce que je ramène, ce sont des solutions : une taille de texte, une manière de laisser une photo presque seule, un contraste un peu étrange, une enseigne trop grande, un papier très fin.

Ces choses restent parfois des mois dans mon téléphone avant de servir. Et souvent, elles ne sont jamais reprises telles quelles. Elles modifient simplement mon regard.

C’est aussi pour cette raison que je préfère commencer un projet en regardant beaucoup de matière : le lieu, les photos, les anciens supports, les réseaux, ce que le client aime garder et ce qu’il n’a plus envie de voir.

Les meilleures idées ne viennent pas toujours d’un site web

Pour concevoir un site de restaurant, je peux être plus intéressée par une carte imprimée que par dix sites de concurrents. Pour une marque de mode, une campagne ou une étiquette peut me donner davantage d’informations qu’un benchmark entier.

Regarder uniquement d’autres sites finit vite par produire des sites qui se ressemblent tous. Regarder le vrai projet — ses objets, ses images, son espace, sa manière de parler — donne beaucoup plus de matière.

Et le web dans tout ça ?

Le site doit reprendre ce que le lieu ou la marque a déjà de reconnaissable, puis l’organiser pour un écran. Pas reproduire littéralement une carte de menu ou une façade, mais conserver le même niveau de précision.

C’est quelque chose que j’ai pu mettre en pratique sur Le Change : partir du restaurant, de ses couleurs, de ses supports et de sa façon de recevoir les clients avant de penser au site comme un objet séparé.

Pourquoi Londres reste importante dans mon travail

Paris reste le centre de Minuit d’Orsay. Londres, elle, reste un endroit où je vais regarder, rencontrer, photographier et prendre des notes. Les deux villes n’ont pas besoin de produire la même esthétique pour nourrir le même travail.

Si vous êtes basé à Londres ou travaillez entre les deux villes, j’explique plus concrètement ma manière de travailler dans cet article sur le webdesign à Londres.

Rédigé par

Tamara Chaudesaigues

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